94% des recettes de la DGI collectées dans l’Ouest

files-9Selon des données recueillies de la Direction Générale des Impôts (DGI), le département de l’Ouest à lui seul a contribué à hauteur de 94% des recettes fiscales totales collectées sur l’année 2014-2015 alors que les 9 autres départements géographiques du pays n’en ont représenté que 6%. Selon certains responsables, cette situation a connu une amélioration car ce déséquilibre était encore plus criant avec un poids de 96% pour le département de l’Ouest une année auparavant.

Pour tenter de comprendre cette situation, on est en droit de penser que le revenu généré par les entreprises ou gagné par les ménages des régions est plutôt faible et négligeable. On peut aussi évoquer le faible engagement ou la limitation des moyens des autorités de la DGI dans les différentes communes des autres départements en ce qui concerne la perception des impôts. Enfin, on peut avoir raison de déduire que cet écart entre l’Ouest et les autres départements géographiques en termes de recettes fiscales s’explique par le simple fait qu’il y a une très forte concentration des activités génératrices de revenus et créatrices d’emplois, notamment dans la région métropolitaine de Port-au-Prince. Bref ! Peu importe l’interprétation qu’on pourrait avancer, il est un fait certain que les 9 départements autres que l’Ouest ont un poids marginal en termes de génération de ressources fiscales.

En clair, les 20 communes du département de l’Ouest ont un revenu d’impôt 15 fois plus élevé que celui des125 autres communes combinées. Rappelons à cet effet que le Ministère de l’Intérieur a estimé à moins de USD 1,000 les recettes fiscales annuelles d’une dizaine de communes pour l’exercice 2012-2013.

La configuration n’est pas différente au niveau des dépenses de l’Etat. En effet, pour l’année fiscale 2014-2015, le département de l’Ouest avait consommé 91,4% des crédits de fonctionnement du budget contre seulement 0.4% pour les Nippes qui avait obtenu la plus faible part.

L’écart entre le département l’Ouest, dominé par la République de Port-au-Prince, et le reste du pays est aussi flagrant dans le système bancaire. En effet, selon les données de la BRH qui ont compilées et publiées par le Group Croissance, en 2012, 87% des dépôts du système bancaire sont collectés au niveau du département de l’Ouest, et 13% au niveau des 9 autres départements.

En ce qui concerne l’accès au réseau électrique, les inégalités entre l’Ouest et le reste du pays sont choquantes. Seulement 5% des foyers en milieu rural ont accès au réseau de l’EDH contre plus de 30% au niveau national et 60% dans la zone métropolitaine selon les données de la Banque Mondiale. Toujours selon cette même source, 75% de la capacité installée de l’EDH se retrouve dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince, laissant le reste du pays avec seulement 25% des capacités pour près de 62% de la population totale.

Au niveau de l’éducation la configuration n’est pas différente. L’Ouest héberge près de 65% des écoles du pays selon les chiffres de 2012-2013 produits par le Ministère de l’Education Nationale et de la Formation Professionnelle (MENFP). On pourrait allonger la liste pour démontrer les inégalités en termes de ressources mobilisées, services offerts et investissements publics entre l’Ouest et le reste du pays. Cette concentration des richesses, des activités, des investissements ne fait pas développer le pays.

Au contraire, cette situation entraine des mouvements migratoires importants vers Port-au-Prince, des pressions sur le logement, sur l’emploi et sur les services publiques. Toute politique de développement qui n’est pas fondée sur une approche intégrée des collectivités restera inefficace, exclusive et à faible impact. La décentralisation s’impose pour donner des moyens de décisions, des ressources, des projets, toute une existence aux régions pour qu’elles puissent être en mesure de jouer un rôle prépondérant dans l’avenir de ce pays. L’Etat doit absolument orienter les investissements publics et encourager les investissements privés importants à travers des facilités fiscales et infrastructurelles pour pouvoir réduire les écarts. Les régions et les collectivités ont beaucoup de potentiel et doivent devenir le vrai focus des initiatives futures. Le centre doit aider la périphérie pour que cette dernière soit moins dépendante et plus capable de produire pour elle même et pout tout le pays. Les politiques publiques doivent mettre les régions au centre de la dynamique de développement pour une meilleure gestion territoriale, démographique et économique. Haïti doit cesser d’être la République de Port-au-Prince ou la République du département de l’Ouest pour devenir la République d’Haïti au vrai sens du terme pour le bénéfice des 11 millions d’habitants.

Etzer Emile Economiste source le nouvelliste

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