A Caracol, Martelly joue au pompier

 Sitôt descendu de son hélicoptère, le président de la République, en visite à Caracol, ce mardi, se rend dans l’entrepôt qui logera bientôt les installations de Peintures Caraïbes, première entreprise haïtienne locataire du parc industriel de Caracol. L’accueil est chaleureux. Tout le monde veut toucher le chef de l’Etat haïtien.  Certains scandent même dans la foule : « Nou avè w Tèt kale ».  D’autres, la grande majorité, se plaignent du bas salaire : 150 gourdes par jour. C’est la grogne. Personne n’ose parler à haute voix,  pourtant le malaise est perceptible. Les ouvriers récemment recrutés par S&H Global S.A. ne sont pas contents. Les patrons le savent bien.

 La visite de Michel Joseph Martelly se poursuit le plus ordinairement du monde. Des accolades par ci, des poignées de mains par là; des prises de photos à répétition  avec les ouvriers qui sont aux anges de pouvoir serrer la main de leur idole. Dans les haut-parleurs de l’entreprise S&H Global S.A. où les travailleurs confectionnent des maillots, on ne diffuse que des succès de Sweet-Micky.  Le problème reste toujours entier. Une grande partie des ouvriers qui reviennent de la pause cherchent une occasion pour faire connaître au chef de l’Etat haïtien leur insatisfaction. Puis, tout à coup, on entend un vacarme au fond de l’entrepôt. Les ouvriers courent vers le président, qui fait demi-tour.

 Aucune menace pour la sécurité des uns et des autres. Les agents de l’Unité de la sécurité et de la garde du palais national (USGPN) s’interposent avec assurance entre la foule et la meute de journalistes qui suivent le président de la République. Un des responsables de S&H Global S.A. pose deux chaises par terre. Michel J. Martelly monte sur les chaises pour mieux s’adresser à la foule.  Les gens sont confiants. Ils écoutent le président : « Je suis fier de vous. Vous êtes des modèles. Je sais que vous n’êtes pas satisfaits, mais certains d’entre vous étaient au chômage avant. Tout ne peut pas aller vite d’un coup, prenez patience pour avoir le meilleur ». Et le silence s’installe peu à peu.

 Les ouvriers, qui s’attendaient à un autre discours, sont dégonflés. Et les patrons sont apparemment soulagés. Le travail peut continuer sans problème. Martelly prend la route pour continuer son voyage. Au sol, les engins lourds poursuivent leur va-et-vient pour achever le parc industriel.  Le ministre du Commerce et de l’Industrie, Wilson Laleau, est heureux de constater que les travaux avancent rapidement. Il est fier d’accueillir la première usine haïtienne. Wilson Laleau s’est dit conscient qu’il reste beaucoup à faire pour remplir le parc de Caracol.  

 Le ministre du Commerce et de l’Industrie rappelle qu’Haïti, en tant que signataire des accords « Better work »,  exige de meilleures conditions de travail pour les ouvriers du parc industriel de Caracol. « Nous avons déjà signé avec le gouvernement coréen un accord pour la construction à l’intérieur du parc d’une école  professionnelle. D’autres facilités sont prévues dans le transport et la restauration des employés du parc », explique le ministre, qui déclare que tout ne sera pas parfait au premier moment.

La visite du président prend fin après qu’il ait adressé des mots d’encouragement aux ouvriers. Le chef de l’Etat ne tarit pas d’éloges envers les chefs d’entreprise qui viennent s’établir au parc, à l’instar de Peintures Caraïbes. Mais les  ouvriers resteront-ils aussi calmes qu’ ils l’ont paru après le message du chef de l’Etat ?

Dieudonné Joachim djoachim@lenouvelliste.com
Credit: Le Nouvelliste

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