Beaumont face au désespoir alimentaire

files-66Dans l’une des communes de la Grand’Anse les plus sévèrement touchées par l’ouragan Matthew, Beaumont, le spectre de l’insécurité alimentaire se manifeste déjà, alors que presque toutes les récoltes ont été décimées et les prix de certains aliments de base ont drastiquement grimpé.

La Direction de la protection civile (DPC) fait état de 141 morts uniquement pour cette zone, alors que le bilan national s’élève à près de 500 morts. Hormis ces pertes en vie humaine, des dizaines de personnes sont actuellement infectées par le choléra, d’autres sont atteintes d’autres maladies, des cas de blessures enregistrés. Et plusieurs cultures ont été entièrement ravagées.

Ismélie Descorbethe Dorval, représentante de la Protection civile locale, n’a jamais assisté à un tel désastre depuis son enfance. C’est une femme affaiblie, mais toujours disponible pour aider les autres que nous avons rencontrée, dimanche dernier. En plus d’avoir comptabilisé les habitants décédés, Mme Dorval a accueilli chez elle six familles dont les maisons se sont effondrées durant l’ouragan.

«C’est une situation difficile. Des habitants sont sans abri », dit-elle, avant de nous confier que certains d’entre eux, n’ayant presque aucune alternative, se réfugient  dans une grotte pour se protéger du soleil, des pluies, mais surtout pour passer leurs nuits à l’abri.

Aussi responsable de la Coordination des femmes de Beaumont (COFEBOM), Mme Dorval jouit d’une très bonne réputation dans son village. Ses enfants ont également mis la main à la pâte en venant de Port-au-Prince avec 180 kits alimentaires pour les aider au niveau de la commune. Un acte de solidarité visiblement bien apprécié par les habitants de sa localité.

Parallèlement, le Centre d’étude et de coopération internationale (CECI), une organisation non gouvernementale canadienne, a fourni pas moins de 200 kits comprenant des produits alimentaires et hygiéniques pour les habitants de la commune. Un geste qui n’est pas passé inaperçu. « CECI a réalisé une distribution énorme dans la commune. Tout le monde a apprécié », souligne Mme Ismelie Descorbethe Dorval. « Riz, maïs, savon, dentifrice, kotex, détergent en poudre, Aquatab et même une enveloppe de mille gourdes » leur ont été donné, a-t-elle relaté, l’air reconnaissante.

Dans la deuxième section communale de Beaumont, des cultivateurs se sentent désemparés devant leurs plantations complètement détruites. « Notre situation est grave. Personne n’est passé nous voir. Ni la mairie, ni les ONG », se plaint Jean-Baptiste Robenson, père de famille, qui, comme d’autres dans la localité de Chardonnette, possède des hectares de multiples plantations. Ce dernier peste contre les convois humanitaires qu’il a vu passer devant sa commune, sans même s’arrêter. Soulignons que CARE et la Croix-Rouge ont tout de même effectué quelques opérations de distribution dans la région au cours des derniers jours.

Mais les besoins sont criants, la faim guette les sinistrés. « C’est la priorité des priorités, c’est une question de nécessité. Nous sommes sérieusement attaqués par ce problème », alerte Jean-Anel Desrosiers, un autre résidant qui est aussi propriétaire d’école et de la station de radio La Prophétie. Les principales productions agricoles des habitants de Beaumont, notamment  le café, le maïs, l’épinard, le poids et l’igname sont quasientièrement détruites. Des têtes de bétail ont aussi été emportées par la tempête. « Outre l’eau potable, les médicaments, les gens nécessitent de la nourriture d’urgence. C’est notre priorité », rappelle-t-il.

Rose Nadia André, une résidente de Beaumont qui possède un commerce d’alimentation, nous informe qu’elle a dû augmenter les tarifs de plusieurs produits de base, devenus plus difficiles à se procurer dans la commune. La caisse de harengs coûte maintenant 3000 G., alors qu’elle se vend normalement à 1500 G. Pour six gallons d’huile, il faut débourser 1950 G., alors que la même quantité se vendait 1750 G., avant le passage de l’ouragan. Le sucre et le riz ont aussi subi de légères hausses de prix, mais qui peuvent faire toute la différence sur le budget des familles de la région.

« Notre commune est affaissée par l’ouragan, reconnaît le maire Faveur Alexis, mais nous sommes capables de nous relever si nous avons l’appui nécessaire », dit-il. « Les gens sont à genoux. Nous sommes impuissants.  Mais nous n’avons pas besoin d’assistanat. Il nous faut juste du support au niveau des plantations agricoles pour redonner vie à cette population qui s’attache à la terre », a prévenu le maire, qui encourage les organismes à utiliser la main-d’œuvre locale pour les prochains travaux de reconstruction dans la commune.

À propos du CECI,

Le Centre d’étude et de coopération internationale (CECI) fait partie du Programme de coopération volontaire d’appui à la gouvernance, à l’éducation et au développement économique en Haïti. Le PCV-Haïti est géré par un consortium de quatre organisations canadiennes: le CECI, l’Entraide universitaire mondiale du Canada (EUMC), la Fondation Paul Gérin-Lajoie (FPGL) et le Service d’appui canadien aux organismes (SACO). Ce programme est financé par Affaires mondiales Canada.

Worlgenson Noël et Josianne Desjardins source le nouvelliste

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