Bill Clinton, grand maître et enchanteur

LE 6 SEPTEMBRE 2012 9H24 | PAR 

PHILIPPE COSTE

Pour ce bonheur là, la foule s’entassait déjà trois heures avant dans les coursives de la Time Warner Arena de Charlotte, tandis que les pompiers bloquaient un moment l’entrée principale, de crainte que la marée du public ne compromette la sécurité des gradins. Nostalgie des années fastes et de cette voix de confident savamment éraillée par l’expérience… Fascination pour le dernier grand conteur d’histoire de la nomenklatura démocrate.

Bill, aminci depuis son triple pontage,  toison blanche de notable, peut encore,  tout statufié qu’il est,  poser depuis la tribune sa grosse patte chaleureuse dans le dos de chacun de ses millions d’admirateurs, et d’autant d’électeurs angoissés par l’issue de novembre, pour rassurer, réchauffer, revigorer; pour décrypter la stratégie ennemie, accomplir enfin ce qu’aucun lieutenant d’Obama, pas même le Président lui-même, n’a encore réussi : expliquer, lancer l’offensive des résultats et des données chiffrées, égrainer en pédagogue roué les réponses au feu nourri des accusations républicaines.   »Il est le seul à pouvoir rendre la substance exaltante » confirme Paul Begala, l’un des stratèges des élections de 1992.

Et certes :  Le chômage, décrit par Romney comme la faute de démocrates ignares ou hostiles au business ? Clinton rappelle que depuis 1961, deux fois plus d’emplois (42 millions) ont été créés sous les présidences démocrates que durant celles de républicains. Obama, en quatre ans, a vu, effectivement, l’économie générer 4,5 millions de nouvelles embauches. Le projet fiscal ? Le tuteur en chef s’en tient à « l’arithmétique », confirmée par les experts de Businessweek : Les 5 000 milliards de dégrèvements fiscaux pour les plus hauts revenus promis par le candidat républicains ne peuvent être compensés par la suppression de niches fiscales sans résulter par une augmentation des impôts de l’Américain moyen.

Clinton passe en revue les doubles jeux et les incantations de Romney, les menaces pour l’assurance santé des personnes agées, et la couverture des plus faibles et des handicapés., et les acquis évidents, comme la couverture de millions de jeunes par l’assurance de leurs parents. Un démocrate convainc enfin, martèle le bon droit et les vérités d’un électorat longtemps sur la défensive. Le miracle se produit.

Mais pour amener sur scène l’enchanteur, Obama a du lui offrir ce qu’il n’avait pas même concédé à sa femme Michelle mardi soir : Le président vient à sa rencontre à la fin du discours, et leur accolade scelle une réconciliation propice au ralliement des électeurs indépendants en novembre.

A entendre Clinton décrire Obama « comme « cool » au dehors, mais enflammé pour l’Amérique à l’intérieur », à voir l’un l’ égo le plus radiant de l’histoire politique reconnaître « qu’aucun président, pas même moi, n’aurait pu réparer une économie aussi dégradée en si peu de temps », on ne peut qu’admirer le chemin parcouru depuis 2008 par les deux ennemis d’hier.

Depuis ses débuts en politique, dans les années 90, Barack Obama n’avait cessé de critiquer les compromis de Clinton avec les républicains sur la question de l’assistance sociale. Sa rancœur s’expliquait aussi par le soutien de Bill, en 2000, à son adversaire démocrate lors des primaires pour les élections locales du South Side de Chicago. L’ex président, pour sa part, avait réagi avec fureur aux attaques du jeune sénateur d’Illinois contre Hillary lors des primaires de 2008. Mais ce Président a embauché des anciens de son administration, et même sa femme comme secrétaire d’Etat, dès son entrée en fonction. Et mieux, il a prêté allégeance, invitant en septembre 2011 celui qu’il décrivait comme un démocrate de droite, à lui prodiguer ses conseils lors d’une partie de golf  près de la base aérienne d’Andrews.

Bill a depuis participé à près d’une dizaine de galas de levée de fonds pour Obama, accepté d’accoler sa marque infaillible et sa popularité incomparable à celle d’un Président menacé. Espère t-il ainsi, damer le chemin pour une élection d’Hillary Clinton en 2016 ? Son message, ce soir était, en tout cas, simple, fut-il paternel et un rien impérieux : « Je veux que Barack Obama soit le prochain président des Etats-Unis »

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