Ducis: Flambée de prix dans les marchés ruraux du Sud

files-16Au marché public de Ducis, l’un des plus grands marchés de producteurs du département du Sud approvisionné essentiellement par les communes de Torbeck, Chantal et Camp-Perrin, le volume des produits alimentaires locaux a diminué, en raison des plantations et cultures emportées par l’ouragan Matthew. L’offre de charbon est par contre surabondant et les prix sont bas à cause des troncs d’arbres que les gens trouvent gracieusement dans ce département ravagé. La population essaie de se maintenir à flot mais la rareté a eu ses conséquences sur les prix.

Mardi, le jour de marché habituel à Ducis (troisième section communale de Torbeck), n’est plus comme avant. Les maisons détruites et les arbres renversés, desséchés vous prouvent que tout a changé. L’endroit fourmille de marchands. Les nombreuses camionnettes amochées, transportant marchands et acheteurs, sont là aussi. Le charbon, combustible préféré des ménages haïtiens, est abondant en ce moment. Des camions en partance pour la capitale sont remplis par-dessus bord. Tout s’agite. Des transactions s’effectuent çà et là mais « tout n’est plus comme avant ». Les marchands jonglent entre rareté et cherté, questionnés, ils s’efforcent de le raconter à leur manière. Tandis que les marchands de charbon traditionnels ou improvisés ont la cote car ils sont en possession d’un produit très achalandé.

Ce marché public, situé à proximité du sous-commissariat qui n’a aucun policier, était un grenier important à la fois pour les Cayes et Port-au-Prince. Aujourd’hui, il l’est moins, car certaines denrées comme la banane partent en sens inverse à présent. Des marchandes nous ont confié, sourire au coin des lèvres, comme si elles relataient un fait insolite, qu’elles se sont approvisionnées à l’Arcahaie (Ouest) pour revendre à Ducis (Sud).

Cette denrée qu’elles sont allées piocher dans un autre département pour l’amener dans le Sud est symptomatique de l’étendue des dégâts sur les jardins et les plantations dans la zone. « Pour avoir au moins deux sacs de manioc  maintenant, il faut grappiller dans tout le marché. Personne ne peut vous fournir autant », a balancé Sonia, tandis que deux hommes cousent ses sacs, pour se rendre à Port-au-Prince. Tout près d’elle, réplique une détaillante : « C’est tout ce que j’ai pu sauver de mes récoltes », tout en indiquant son petit panier rempli de ce tubercule. Certains se plaignent sans blâmer quiconque des prix des vivres alimentaires (bananes, ignames, patates douces, mazonbèl, malanga, haricots…) qui ont augmenté considérablement à cause de la rareté qui dicte sa loi, un mois après le passage de l’ouragan.

Fleurimé Calmita, qui vient de la troisième section de Port-à-Piment, sur la côte Sud, a la mauvaise mine en raison de la vente moribonde. Pourtant, elle mise gros sur ce jour de marché. « Je n’ai pas reçu d’aide jusqu’ici. Je n’ai plus de maison. Je dois acheter des tôles d’urgence, a-t-elle déclaré. Mais les gens ne peuvent pas acheter. La marmite de café par exemple est passée de 300 à 500 gourdes. Le pois ne se vend plus 250 gourdes la marmite. On est obligés de négocier autour de 325 gourdes. »

Les éleveurs, pour leur part, ne sont pas confrontés au manque de pâturages et d’eau pour abreuver le bétail mais ce sont les acheteurs qui se font rares. Personne n’a envie, dit Pierre Rony Berlus, qui amène au marché la seule vache qu’il lui reste des quatre qu’il avait, d’acheter des animaux pour l’élevage, surtout après ce qui vient de se passer. Il croit aussi que le fait par beaucoup de vouloir vendre leurs têtes de bétail en même temps, ça fait chuter les prix. Mais ils doivent vendre à tout prix, pensant plutôt à réparer leurs maisons que de réinvestir dans le cheptel.

Certains font le pied de grue au marché, dans la tourmente, sans même une branche sur leur tête, pour atténuer la chaleur suffocante, et vendre leurs bœufs. « Les acheteurs que vous voyez là viennent de Port-au-Prince, ils ne veulent que des bétails pour l’abattage. Alors, je ne suis pas sûr de pouvoir vendre la vache que je viens d’acquérir à crédit dans l’espoir de tirer bénéfice du prix de revient pour acheter des tôles », confie Roosevelt Jean, il était déjà 4 heures, non loin des deux camions sur lesquels on attèle les bœufs. Direction Port-au-Prince.

Cette agriculture traditionnelle et rudimentaire pratiquée depuis toujours  dans le département du Sud a nourri la population qui y habite. Les conséquences désastreuses de l’ouragan peuvent être estimées en milliards de dollars comme l’a fait le gouvernement. Toutefois, l’estimation sur le temps pour se relever est loin d’être une tâche aisée.

Ricardo Lambert source le nouvelliste

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