Footballeuses voilées : mais pourquoi la FIFA accepte-t-elle de céder à l’Islam politique ?

La FIFA a levé l’interdiction de porter le voile pour les footballeuses féminines. Cette décision, favorablement accueillie par l’Iran et Arabie Saoudite, marque une percée de l’Islam politique sur un terrain pourtant historiquement neutre. La Fédération française de football (FFF) a pour sa part interdit ce vendredi à ses propres licenciées le port du voile.

Atlantico : La FIFA a autorisé les footballeuses musulmanes à jouer avec le foulard islamique (hijab) grâce à la levée de l’interdiction par l’International Board qui définit les règles du football mondial. Si l’Iran et l’Arabie Saoudite s’en félicitent, d’autres organisations montent au créneau et dénoncent les pressions qui sont à l’origine de cette décision. Quelle est la position de la Ligue du Droit International des Femmes ?

Annie Sugier : Cette décision prise par l’International Board est d’autant plus incompréhensible quand on sait à quel point le sport mondial est codifié par le respect de principes universels. Par exemple, quand des athlètes obtiennent une combinaison qui peut les aider à gagner – comme les nageurs – les débats sont vifs et se concluent toujours par une interdiction de la tenue en question.

Dans le cas de ces footballeuses, elles ont une combinaison qui est différente des autres et ne sont plus sur le même pied d’égalité. A mon avis on les aide à perdre car l’image de la sportive est éclipsée par la volonté des pays islamistes d’imposer une notion contraire à la réglementation. On stigmatise le corps de certaines athlètes.

Ensuite, cette décision nuit au combat des pionnières marocaines, algériennes et tunisiennes telles que Nawal El Moutawakel ou Hassiba Boulmerka qui avaient respecté la réglementation et qui étaient menacées par les intégristes religieux. Ces femmes ont réellement résisté et seront condamnées à abandonner le discours qui les protégeait et qui consistait à dire qu’elles ne portaient pas le costume islamique en raison de la réglementation.

On remarque que dès lors qu’il s’agit des femmes, on cède trop facilement aux exigences posées par des pays qui n’ont cure de la défense de leurs droits.

Estimez-vous que cette décision est due à l’insistance du fils du roi Hussein de Jordanie, le prince Ali Bin Al Hussein, vice-président de la Fifa ?

Non seulement on a cédé au Prince Ali, mais aussi à l’Iran car cette interdiction pénalisait en premier lieu l’équipe féminine d’Iran. Le pays avait affiché très clairement qu’il s’agissait d’une position religieuse, or la loi n°4 stipule bien qu’aucune expression politique ou religieuse n’était autorisé dans le stade olympique.

Le Prince Ali représente aussi les intérêts des pays du Golfe qui désirent non pas le respect pour les femmes de la loi olympique ou sportive mais le respect de leur interprétation d’une loi religieuse.

A-t-on ici une percée négative de l’Islam dans un espace prévu comme a-religieux et laïque ?

Tout à fait, c’est une percée de l’Islam politique dans un milieu qui a bien mis l’accent sur sa neutralité. C’est d’autant plus étonnant que jusque-là, il l’avait défendu farouchement. A de nombreuses reprises et pour de bonnes causes les athlètes noirs américains en soutien à la condition noire dans leur pays avaient levé le poing et s’en était suivi une exclusion immédiate.

Aujourd’hui on se retrouve à céder à de quasi dictatures au mépris des dispositions prises par la loi, alors même qu’elles étaient très justes puisque l’on estime que le sport est uniquement un mouvement d’union. C’est un moment où tous les participants peuvent laisser aux vestiaires les convictions politiques ou religieuses.

Aussi contestable soit-elle, cette décision ne permet-elle pas néanmoins à des femmes amoureuses de leur sport de s’y adonner sans craindre de représailles ?

Considérez-vous que sur un sujet de cet ordre, il est juste d’être dans un registre compassionnel ? Quand on a exclu l’Afrique du Sud en raison de l’Apartheid, a-t-on pleuré sur le sort de ces athlètes qui attendaient de défendre leurs chances sur le plan international et qui pendant trente ans n’ont pas pu courir aux Jeux Olympiques ? Non. On a estimé que la cause que défendaient Nelson Mandela et les militants anti-apartheid méritait ce sacrifice. Veut-on faire progresser le droit international des femmes ou veut-on céder en rendant service à quelques dictatures du Golfe ?

Ne fallait-il pas également soulager ces femmes de la pression qui s’exerce sur elles ?

Je vous renvoie à ces athlètes américains qui ont été disqualifiés, qui ont été rabaissés et qui n’ont plus pu courir. Pourtant, ces athlètes sont devenus des héros car ils ont eu le courage de s’opposer à leur gouvernement qui couvrait la notion de séparation raciale. On ne s’est pas posé la question du respect de la loi, on l’a tout simplement appliqué.

Pourquoi quand il s’agit des femmes cela ne semble pas choquer de ne pas respecter la loi ? Cela prouve simplement qu’elles sont marginales dans le système. Au même moment, le débat du ramadan fait rage car le début du jeûne coïncide avec le début des jeux et pourtant là encore les organisations ont tenu bon. Pourquoi il y a-t-il un double  langage ? Ce n’est pas normal.

Propos recueillis par Priscilla Romain

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