La situation sécuritaire se dégrade à Léogâne

Wilinton Adrian Vilaro, ressortissant équatorien et entrepreneur, a été tué par balle à Léogâne le mardi 18 décembre dans la soirée. Ce cas d’assassinat survient moins de trois semaines après celui de l’entrepreneur Jules Edouard Moscoso, abattu en son domicile à la cité d’Anacaona, le 8 décembre.

Deux autres personnes ont été blessées lors de cette attaque armée.  L’associé  de Wilinton, Jorge Vilaro, également équatorien, a eu une blessure légère, alors que la fille de la propriétaire de Legba Bar a été touchée à l’abdomen. Ces ressortissants équatoriens mènent des activités de pêche à Léogâne depuis environ trois ans.

Les locaux de Legba Bar et Hôtel à Ça-Ira, où  les étrangers sont régulièrement accueillis, ont été investis par un groupe d’individus non identifiés qui ont pillé l’hôtel et tiré sur les victimes. Un retrait bancaire de 18 000 dollars américains avait été effectué  la veille par Wilinton et Jorge Vilaro, selon M. Hyppolite. Somme d’argent que les bandits ont réclamé au moment de l’attaque. Le commissaire divisionnaire précise que l’assaut a été planifié et exécuté par un gang structuré de la zone métropolitaine, dont le chef est activement recherché par la police nationale.

Au moins dix personnes ont été interpellées le lendemain de cette attaque,  dont la propriétaire de Legba Bar et Hôtel. L’administrateur, Michel Saint-Hilaire Joseph, et deux individus y ayant participé sont actuellement à la disposition de la police.

La situation est préoccupante

Si la situation sécuritaire dans la commune de Léogâne est préoccupante, elle n’est pas allarmante selon le commissaire divisionnaire et responsable du commissariat de Léogâne, Jean Wilson Hyppolite.  «Depuis mon arrivée à la tête de la police de Léogâne, il y a huit mois, nous avons rudement travaillé pour stabiliser la sécurité. Cependant, il y a une recrudescence des actes de banditisme », a affirmé le commissaire divisionnaire. Au cours des quatre derniers mois, 6 cas d’assassinat, 15 tentatives d’assassinat et 176 voies de fait suivis de blessures ont été recensés dans la commune.

Plusieurs localités de la commune, notamment Chatuley, rue George Kernisan, Pont neuf, Darbonne et Santo Sarbousse sont identifiées comme des zones à haut risque. «Des cas de meurtre par balle ou par armes blanches, de cambriolage et vol, des cas d’agression sexuelle et de viol sont souvent enregistrés dans ces localités », a continué Jean Wilson Hyppolite.

50 policiers pour toute la commune

«Notre effectif est largement insuffisant dans la commune», declare M. Hyppolite. Seulement une cinquantaine de policiers sont cantonnés à Léogâne et doivent assurer la sécurité dans les 13 sections communales. Aucun policier n’est actuellement affecté au sous-commissariat de Trouin, l’une des quatre stations de police de la commune.  Une assistance policière est apportée à la population de Trouin seulement deux fois par semaine. «Nous ne pouvons pas être constamment présents à certains endroits de la commune. Il nous est donc très difficile de garantir la sécurité de la population à toutes les heures de la journée», regrette le commissaire divisionnaire. La police fonctionne avec des ressources matérielles très limitées. Les véhicules sont en mauvais état et les armes de certains policiers sont défectueuses.

L’augmentation de la population de Léogâne est un facteur favorable à la répétition d’actes de banditisme et de criminalité dans la commune. Au lendemain du séisme de 2010, la population léôganaise a augmenté considérablement. L’aide humanitaire  et la présence des ONG internationales ont attiré une population importante d’autres localités ou d’autres départements. Le commissaire prend en exemple des actes criminels commis par des individus dangereux accueillis au village récemment construit par Habitat for Humanity à Santo. «Ce sont des individus dangereux qui commettent des actes répréhensibles sur la population», fait savoir le commissaire.

La justice manque à son rôle

La recrudescence des cas d’insécurité observée dans la commune est également liée à des légèretés du système judiciaire, selon M. Hyppolite. Malgré les rapports courtois qu’il dit exister entre la justice et la PNH, M. Hyppolite regrette que les dossiers judiciaires n’aboutissent souvent pas. “Des bandits sont relâchés de façon arbitraire et se retrouvent constamment en face de la population et de la PNH.” «Récemment, des bandits accusés de viol ont été libérés sans que le juges aient pris le temps d’écouter la victime. Quand, dans des cas comme celui-ci, les bandits ne sont pas jugés et condamnés pour leurs forfaits, ils deviennent parfois plus dangereux pour la population et la police doit sans cesse recommencer son travail », regrette Jean Wilson Hyppolite. Le commissaire divisionnaire donne toutefois la garantie que la police de Léogâne travaille à contrecarrer les actes de banditisme et à garantir la sécurité dans toute la commune.

Nathalie Verné
Credit: Le Nouvelliste

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