Nettoyer, transformer, travailler

Il vit de la collecte de déchets. Sillonner différentes rues des Cayes pour collecter des bouteilles en plastique qui sont vendues à une entreprise spécialisée dans le recyclage de ces matières, c’est sa principale activité. Un périple au quotidien. Sinon, il n’aura rien.

Trois sacs contenant des bouteilles en plastique dans les mains, Nézilas Mercéus se promène sur le sable de Gelée, aux Cayes. Ce n’est pas pour admirer les visiteurs de la plage, encore moins pour pique-niquer. Mais le jeune homme barbu, pantalon crème, maillot bleu déchiré à certains endroits, casquette sur la tête, sillonne la plage pour collecter des bouteilles en plastique. Ces bouteilles, il les vend à une usine spécialisée dans le recyclage de ces matières, basée à Port-au-Prince. « Je vis de cette activité parce que je ne travaille pas », confie-t-il.

Père de quatre enfants,  Nézilas Mercéus, natif des Côteaux, âgé d’une trentaine d’années, est « fier » d’exercer cette activité. Depuis plus d’un an et demi, c’est ce qu’il fait tous les jours, à  longueur de journée. Il fouille dans les déchets, parcourt les marchés publics, les endroits où sont organisés des grands événements pour collecter des bouteilles. « Vu ma situation, je devais trouver un moyen pour vivre avec ma famille », dit-il.

Cette activité ne lui rapporte pas beaucoup, mais elle lui permet de répondre à certains besoins. « Même pour participer aux activités de nettoyage des rues ici, on doit avoir un parrain. Je n’en ai pas malheureusement. La vie, ce n’est pas du tout facile », lâche laconiquement Nézilas Mercéus, qui éprouve de bons souvenirs du carnaval national 2012 qui s’est déroulé dans la ville des Cayes. Ce n’est pas parce qu’il s’est bien amusé, mais du fait que les festivités lui avaient permis de gagner quelques sous en plus, et plus rapidement.

Pendant les événements, le jeune homme n’avait pas besoin de parcourir plusieurs zones pour vendre quelques livres de bouteilles. Des bouteilles et autres déchets en plastique avaient été remarqués un peu partout dans les rues. « J’ai passé les trois jours gras sans dormir pour ramasser des bouteilles. Cela m’a rapporté 1 750 gourdes durant  les trois jours. C’était quand même quelque chose », déclare Nézilas, qui habite la rue Général Marion avec sa femme, trois de ses quatre enfants et un autre proche.

Sa femme, elle vend des sucreries dans l’après-midi. Dans la matinée, elle se lance, elle aussi, dans la même activité que son mari. « Elle m’aide beaucoup à collecter les plastiques. Nous vivons ensemble depuis plus de 15 ans. Notre fils aîné a 11 ans. Nous devons nous débrouiller à notre façon pour vivre. L’activité nous rapporte entre 3 000 et 4 000 gourdes par mois », explique Nézilas, les yeux rivés sur deux bouteilles qui flottent sous un petit pont.

Il lui faut une vingtaine de bouteilles pour une livre, dépendamment du type de bouteille. La livre se vend à trois gourdes aux fournisseurs de l’usine qui traite ces matières avant de les exporter pour être recyclées. L’usine en question n’est autre que «Environnemental cleaning solution S.A. », fondé par Edouard Carrié, après le tremblement de terre du 12 janvier 2010.

Selon Roger Carrié, père d’Edouard Carrié, l’entreprise collecte pour le moment environ 50 000 livres de déchets par jour. Auparavant, le chiffre variait entre 20 000 et 30 000 livres. « Nous fournissons aux entrepreneurs des balances sur mesure pour faciliter le travail. Et des moyens de transport sont aussi mis à leur disposition », fait remarquer Roger Carrié, gestionnaire des affaires de formation. Il fournit un « appui technique et moral » à son fils à la gestion de l’entreprise.

Depuis que les opérations de traitement des déchets ont débuté en juillet 2011, l’usine, révèle M. Carrié, a déjà exporté 340 conteneurs de ces matières traitées. Chaque conteneurs comprend 22 tonnes. « Nous les traitons avant de les exporter à l’étranger, en Asie, en Amérique… »

L’usine ne s’occupe pas uniquement du traitement des bouteilles en plastique qui sont de différents types et qui sont traitées séparément. Les petits sachets en plastique dans lesquels se vend de l’eau sont également traités et exportés. « Nous traitons aussi pour le moment le carton, et nous sommes en pourparlers sur le syrofoam », souligne Roger Carrié, qui se félicite de l’impact positif que le traitement de ces déchets a sur l’environnement et la santé.

« Nous sommes sur tout le territoire. Nous pouvons dire qu’entre 5 000 et 6 000 personnes vivent de la collecte des déchets », estime Roger Carrié.

Valéry Daudier Twitter:@ValéryDaudier

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