Police nationale : encore une dérive.

Finie la pause ! La Police nationale d’Haïti semble renouer avec certaines anciennes pratiques qui lui étaient longtemps reprochées. Depuis toujours, les noms de policiers sont cités dans des cas de kidnappings, d’assassinats et de trafic de stupéfiants. Le cas de l’homme d’affaire Richardson Croicy vient rouvrir la plaie. Une dizaine de policiers, dont des gradés, sont dans le collimateur de la justice. Une situation qui embarrasse visiblement le haut état-major.Que s’est-il passé réellement au Cap-Haïtien dans ce nouvel épisode d’enlèvement, d’assassinat et de trafic de drogue ? Le dossier est compliqué du début à la fin. C’est ce qu’a déclaré le directeur général de la Police nationale en mission dans le Nord au cours de cette semaine. Mario Andrésol dénonce, lui-même, l’implication de réseaux de gangs transfrontaliers très puissants opérant dans le pays. Des policiers travaillant à la solde de certains hommes d’affaires seraient impliqués dans ces trafics. Ils seront punis, chassés puis incarcérés, lance le numéro un de la PNH en fin de mandat.

Une dizaine de policiers sont en cavale ans le cadre de ce scandale. Plusieurs hommes d’affaires également. Ford Pierre Jean-Baptiste, président de club de football et propriétaire d’une station à essence au Cap-Haïtien, inculpé, est en cavale. Le département du Nord est décidément au cœur d’une saga juridico-institutionnelle. Des noms sont cités et pas des moindres. De grosses légumes. Certains autres sont accusés de complicité. D’anciens policiers et d’autres encore en fonction auraient participé à l’enlèvement puis à l’assassinat de Richardson Croicy qui, lui-même, n’aurait pas les mains immaculées, selon les autorités policières. Il lui aurait quelque chose à voir avec le kidnapping de Ford Pierre Jean-Baptiste en 2011.

Les autorités judiciaires, de leur côté, ont rendu publics les noms des officiers de police recherchés dans le cadre de l’affaire Croicy. Romélus Claude Maillard (inspecteur), Osias Louicius (agent IV), John Despeignes (agent IV), Ferdinand Franzto, alias Bœuf (agent IV), Honoré Miraniel (agent II) et Milien Osselito (agent III). Quant à Roboam Lormil et Erick Fénélus (Toto), un ancien policier vivant aux États-Unis d’Amérique, ils sont accusés d’association de malfaiteurs, de tentative d’assassinat, d’enlèvement et séquestration et trafic illicite de drogue, conformément à l’article 83 du Code d’instruction criminelle.

Les proches de l’agent Osias Louicius crient au scandale et clament l’innocence de ce dernier. Selon sa sœur cadette, Mageline Osias, son frère aurait laissé le pays le 21 mai dernier, vers 2 h 45 à bord du vol 893 d’American Airlines. De sérieuses suspicions planent sur M. Osias, propriétaire de Radio Voix campinordaise, à Plaine du Nord, et d’une Lexus LX-450 (modèle 1999).

La guerre aux coupables ?
Le haut commandement de la Police nationale a décrété la permanence sur ce dossier. Il séjourne dans la deuxième ville du pays en vue d’approfondir l’enquête sur la question. Le directeur général de la PNH, Mario Andresol, conduit lui-même la délégation. Il est accompagné du chef de la Direction centrale de la Police judiciaire (DCPJ), Godson Orélus, et d’autres responsables. Le ministre de la Justice, Jean Renel Sanon, avait rejoint la délégation le mercredi 27 juin dernier.

Prudent et circonspect, Mario Andrésol lâche les informations par compte-gouttes. Réputé proche de l’actuel directeur départemental de la PNH dans le Nord, Carl-Henry Boucher, sur qui pèse des suspicions dans ce dossier, M. Andrésol se dit déterminé à chasser les coupables. Mandats d’arrêt décernés, recherche active des policiers en cavale, les autorités policières accusées de passivité dans ce dossier veulent se refaire une image en adoptant de nouvelles mesures.

Un dossier de plus en plus compliqué
Des rumeurs font état du transfert de plusieurs agents du Service départemental de la Police judiciaire (SDPJ) et du commissaire de police du Cap-Haïtien. Ils auraient joué un rôle déterminant dans l’acheminement du dossier de Frantz Etienne (Ti Djo) au parquet du tribunal civil du Cap-Haïtien.

Frantz Etienne, accusé d’enlèvement sur la personne du propriétaire de Total Auto Mécanique, Croicy Richardson, est appréhendé dans le cadre de l’enquête sur cet enlèvement suivi d’assassinat. La voiture à bord de laquelle se trouvait l’homme d’affaires le 22 mai dernier et qui circulait avec une plaque d’immatriculation et des identifications de la Police nationale appartiendrait à M. Etienne.

D’après le mandat émis par le juge Heidi Fortuné, Ford Pierre Jean-Baptiste, président du Don Bosco Football Club et propriétaire d’une station à essence à Madeline (entrée sud du Cap-Haïtien), est également recherché activement dans le cadre de ce dossier. Il serait l’auteur intellectuel de cet acte odieux, selon Carl Henry Boucher. Un riverain de Cité-Lescot répondant au nom de René « 2 Moso » est aussi recherché, d’après le mandat d’amener dont copie a été acheminée à la rédaction du journal.

Une question de drogue semble être au soubassement de cette affaire. Les agents de la Brigade de lutte contre le trafic des stupéfiants (BLTS) remarqués à l’aéroport du Cap-Haïtien le samedi 24 juin dernier avaient interrogé, de concert avec des agents de la Drug Enforcement Administration (DEA), le fameux Frantz Etienne. Mario Andrésol n’y va pas par quatre chemins pour pointer du doigt les narcotrafiquants opérant dans le Nord. Un nouvel événement qui vient secouer une institution encore fragile dix-sept ans après sa création.

Joseph Chanoine Charles
cjchanoine@yahoo.fr
Le Matin Haiti.
 

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