Premier titre national du Valencia

La constance dans l’effort du Valencia de Léogâne fondé en juin 1972 aura provoqué une récompense proportionnelle : le premier titre national. Comme le veut une des lois de la vie, un succès consistant a le pouvoir de rendre légitimes et nécessaires les témoignages sur les temps de grande souffrance, dans le cas du Valencia : les difficultés financières, les sanctions disciplinaires de la FHF et, surtout, les séjours en Deuxième Division, quatre depuis 1989, et leurs lots de voyages sur des terrains improbables marqués entre autres par la raréfaction des supporteurs…Alors, certains vrais fans endurcis peuvent laisser couler quelques larmes de nostalgie qui métamorphosent les frustrations d’hier en dose de self-estime et qui, mêlées à celles de joie sur des joues attendries, définissent avec autorité la si difficile notion de bonheur.

C’est que les générations futures recevront le legs d’une histoire qui a commencé, dans la souffrance, en vert et rouge, avec des pionniers qui ont noms Claude « To » Coimin, Ferdinand Clément, René Antoine, Rodrigue Rousseau, Achille Casimir, Ducarmel Dorélien, le rouge laissant la place progressivement au blanc, sans doute pour marquer plus encore la différence avec le frère ennemi, le Cavaly, dont le rouge apparaît comme un attribut exclusif, et exécuter les recommandations des oracles toujours nombreux et écoutés quand les difficultés s’amoncellent. Il n’est pas impossible que certains de ceux-ci aient prévu que le Valencia devait être champion en marquant 67 buts, 67 comme l’ordre des lettres cumulées formant le mot valencia, 22e de v, 1e de a, 12e de l, etc.

Et les contraintes sportives ne s’annonçaient guère moins amères à l’orée de la saison 2012. Les clubs saint-marcois, le Baltimore et le Tempête, ne semblaient pas vouloir se proposer un autre régime que collecter les titres en jeu; le glouton FICA avait retrouvé sa place en Première Division ; l’Aigle Noir pouvait se prévaloir d’un effectif solide, et l’America des Cayes flirtait avec le titre depuis les deux saisons qu’il se logeait en Première Division. En outre, la réduction à 12 des locataires de l’élite et l’appendice à 6 d’une deuxième partie de saison étaient promesse d’un niveau de compétition ardue. Qu’on se le rappelle : les 6 premiers gagnaient automatiquement leur place en Super 8 Digicel et devaient se battre pour le titre en continuant avec les points cumulés, les 6 derniers idem mais pour gagner deux strapontins en Super 8 et éviter les deux dernières places de relégation après les 22 matchs de l’aller et du retour.

Les dirigeants du Valencia menés par Guston Jean-Louis s’empoignèrent des cornes du taureau par le recrutement de l’entraîneur Sonche Pierre, assisté d’un authentique fils de la maison Frantz Décembre, auxquels furent donnés les moyens d’une entame de préparation méthodique et scrupuleuse avant même que les autres concurrents recommencent à travailler. Renforcement musculaire en salle, footing, matériels didactiques sur le terrain d’entraînement pour des séances technico-tactiques et physiques, l’effectif avait montré de bons signes lors du « Tournoi de Solidarité » avec Léogâne endolorie par le séisme du 12 janvier 2010, organisé par l’OIM au Stade Sylvio Cator et remporté déjà par les Verts léogânais.

Cette bonne préparation n’aurait pas eu l’effet escompté sans des joueurs de qualité. En 2011 déjà, étaient recrutés Jean Robert Jean, Mardochée Pierre (Roulado) et Machenzie Duverger. Et à l’intersaison, le portier international capois Frandy Montrévil et Walson Augustin du Don Bosco, Sony Labranche de Tempête, le brillant arrière gauche international junior Dany Jean Maurice et Ronald Léandre de Carrefour, Walson Augustin de Tempête, les anciens Cavalystes André Amy (Don Bosco),Fritz-Gérald Alliance (Racing), Chadelson Charlemagne (Baltimore), vinrent renforcer le groupe qu’animaient avec un certain brio les Harold Sanon, Emerson Michel et Géraldy Joseph. Celui-ci aura été le plus méritant des champions 2012 en ayant été le plus régulier – il a joué tous les 32 matchs et a marqué 7 buts – un de moins que Walson Augustin (8), mais un de plus que André Amy et Emerson Michel (6 chacun).Jusqu’à l’un des internationaux les plus capés, Frantz Gilles du Cavaly, était sur les tablettes du Valencia, projet contrarié par l’intransigeance des dirigeants rouges. « C’est le Valencia de la reconstruction qui a remporté le titre », clame avec satisfaction Guston Jean-Louis.

Si le début de la saison fut marqué par une défaite à domicile infligée par le Fica lors de la troisième journée et le départ de Sonche Pierre après le 11e match alors que le futur champion était 9e dans un classement extrêmement serré à seulement 6 points du leader America, se souvient Jean-Louis, la suite fut d’une grande jouissance, d’autant plus que l’équipe alors entraînée par Frantz Décembre, ancien adjoint de Sonche Pierre, délivrait à chaque sortie un football de qualité salué par tous les observateurs. Au second tour en effet, les velléitaires America, Fica, Tempête, Baltimore, furent emportés par la vague léogânaise, championne mathématiquement à trois journées de la fin. Seule ombre au tableau : 6 points gagnés sur tapis vert aux dépens du Violette et surtout de Tempête, concurrent immédiat.

2012, année de tous les bonheurs, même si en demi-finale de Super 8 contre Tempête, un coup de Mardochée Pierre, selon l’arbitre assistant victime, a coupé l’élan victorieux, le Tempête se qualifiant sans avoir à jouer le match retour à Léogâne. Retour du bâton ? Peut-être. Retour du bâton aussi pour le Cavaly que le Valencia a pour la première fois battu en championnat national, 2-0 au premier tour. Comme si, vraiment, un bonheur ne vient jamais seul.

Six hommes forts du titre du Valencia

À part Guston Jean-Louis, incontestable numéro 1 du cercle dirigeant qui, selon ses propres mots, « reconstruit le Valencia depuis deux ans » par une politique de recrutement et de traitement salarial tous azimuts, Frandy Montrévil, le portier a joué un rôle capital par sa présence dans les 16 mètres et la qualité de ses prises de balle. Comme récompense, barré en Sélection par Johnny Placide, écarté lui-même de l’effectif du Havre en France, Montrévil a su cependant dépasser dans l’estime de Cantero l’entraîneur de la Sélection Nationale, Yves Marie Clervin de l’ASC et Guéry Rogemont du Tempête.

Si Jean Dany Maurice à gauche de la défense et Mardochée Pompée, à droite, plaisent par leurs qualités techniques et leur enthousiasme, ce qui augure pour eux un bel avenir s’ils savent travailler leurs points faibles, la force en ce qui concerne le premier, et la concentration dans la tâche purement défensive pour le second, le vrai chef de la défense, celui qui inspire confiance au portier, la crainte chez les attaquants, il s’appelle Mackenzie Duverger, un vrai bloc de muscles, généreux dans le jeu aérien, heureux dans le corps-à-corps au sol. Il est évident que si l’ancien champion avec Tempête s’applique dans le travail technique, comme avant lui, avait su le faire un certain Pierre Richard Bruny, il deviendrait incontournable à l’une des trois responsabilités en défense centrale de la Sélection Nationale.

Au milieu du terrain, Harold Sanon expose la première qualité requise d’un médian défensif : la sobriété. Les gestes du garçon se veulent dépouillés, justes et précis. Peut-être lui faut-il un peu plus de hargne dans le duel, mais son placement compense largement. Si durant toute la saison, sur les terrains plus ou moins potables, on a reconnu de la qualité au jeu du Valencia, Sanon y est pour quelque chose en qu’il s’est toujours soucié à épurer les ballons hasardeux qui lui parviennent par des rebonds ou des passes aléatoires, et permettre ainsi aux André Amy et Walson Agustin de continuer le travail par des actions dangereuses et des buts.

André Amy est parti du Cavaly il y a deux ans pour gagner les rangs du Don Bosco où il avait semblé confirmer être un joueur fini tant ses prestations ne traversaient guère les limites de l’acceptable. Athlète filiforme doué d’une détente verticale hors du commun haïtien, il n’était pas dangereux du temps de sa splendeur cavalyenne que par ses buts de la tête. Dans les rangs du Valencia, et souvent dans une position de 9 et ½ il a retrouvé sa verve et marqué 7 buts, dont un d’une frappe magistrale contre son ancienne équipe le Cavaly, ce qui vaut un pesant d’or dans le contexte de la rivalité locale.

Walson Augustin avait été monnayé son talent au Baltimore de Saint-Marc quand il abandonna son Don Bosco originel. Il lui manquait la proximité de Port-au-Prince. Il saisit l’offre du Valencia pour retourner dans l’Ouest où il a fait valoir sa vivacité et sa malice. Toujours à la limite du hors-jeu, un peu à la, ses courses diagonales troublent considérablement les défenseurs adverses. Il a gagné cette année en lucidité devant le but, d’où ses 8 buts alors qu’une vilaine blessure au genou gauche lui a ravi quelques matchs et sa participation en Sélection Nationale en octobre.

Mais l’homme de la saison du titre du Valencia, aux yeux de tous les fans et des observateurs neutres, s’appelle Géraldy Joseph. Régulier grâce à la souplesse musculaire et articulaire d’un corps fin mais résistant, il a joué tous les matchs de son équipe sans se laisser distraire par l’attitude des arbitres ou les gestes d’anti jeu des adversaires, toutes choses qui peuvent provoquer l’accumulation de cartons. Sa fine technique de gaucher et son sens du mouvement offensif ont été les compléments idéals à la sobriété de Sanon le milieu défensif. Avoir marqué 6 buts cette saison marque peut-être un tournant dans sa carrière, lui n’arrive toujours pas à se créer une place en Sélection Nationale.

Patrice Dumont

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