Sénatus, Sanon et Pierre-Louis, la course au scalp

Valéry Daudier et Claude Gilles
Le ministre de la Justice et le président du Conseil électoral permanent (CEP) sont traînés dans la rue par Jean Renel Sénatus, désormais ex-commissaire du gouvernement de Port-au-Prince. Retour sur un grand déballage médiatique.

Bouche cousue depuis sa révocation à la tête du parquet de Port-au-Prince, Jean Renel Sénatus explose, sans retenue, en répondant aux raisons évoquées par le ministre de la Justice, Jean Renel Sanon, pour justifier sa surprenante révocation. « Le pire criminel est le ministre de la Justice », a tempêté l’ex-commissaire du gouvernement en guise de réplique à son ancien ministre de tutelle.

 « C’est un monsieur très irrespectueux qui n’a jamais exécuté aucun ordre du ministère de la Justice », est la phrase lancée par le ministre Sanon sur les ondes de Radio Vision 2000 pour piquer la colère du très médiatisé Sénatus. S’étant taillé une certaine réputation dans la lutte contre la délinquance juvénile, il a été révoqué, selon le ministre, pour insubordination et manque de résultats. Des accusations rejetées d’un revers de main par Me Sénatus qui a vidé son sac. Le ministre, a-t-il martelé, est impliqué dans le blanchiment d’argent et la débauche impliquant des mineures. « Le ministre savait qu’il était dans mon collimateur », a indiqué Me Sénatus, terreur du phénomène « Zo kiki ».

 « Je n’ai pas voulu réagir en attendant le retour du président de la République. Mais puisque le ministre a décidé de prendre la presse pour tenter de salir mon image, je suis obligé de réagir. Je ne vais pas accepter que quelqu’un, avec un passé douteux, ternisse ma réputation », a fulminé Jean Renel Sénatus sur les ondes de plusieurs radios de la capitale.

Parlant d’insubordination et de non-respect, le natif de Ganthier explique : « En moins de trois mois, le ministre m’a demandé d’exécuter 17 ordres illégaux. Dans ce cas, il peut dire que je ne reçois pas d’ordre. Je suis irrespectueux. » Même un étudiant en première année en droit, poursuit-il, sait qu’on ne peut pas apposer des scellés sur un véhicule. « Or, le ministre m’a demandé de le faire. Vu ma formation et mon parcours, je n’aurais jamais exécuté un tel ordre », a poursuivi encore Me Sénatus. A qui appartient ce véhicule ? Me Sénatus promet de donner la réponse au retour du chef de l’Etat, Michel Martelly, des Etats-Unis.

L’ancien chef du parquet continue de déballer

Le jeudi 20 septembre 2012, il dit avoir été convoqué au bureau du ministre. « A mon arrivée, le ministre m’a ordonné de lancer des mandats d’amener contre 36 personnes pour complot contre la sûreté intérieure de l’Etat et association de malfaiteurs », a révélé l’ex-commissaire du gouvernement, qui dit avoir expliqué au ministre qu’une telle décision aurait de graves conséquences sur le gouvernement dans une telle conjoncture. Le ministre aurait insisté. « Non, fè li, prezidan an ap kontan » (agissez, le président va être content), a répondu Me Sanon selon les explications de l’ancien commissaire, promettant de rendre publique cette fameuse liste.  Me Mario Joseph, a révélé Sénatus, figure sur la liste noire du numéro un de la justice haïtienne habituée aux scandales.

Tacle appuyé sur le président du CEP

D’après l’ancien chef du parquet, le ministre de la Justice n’était pas le seul à le forcer d’exécuter des ordres illégaux. L’ex-ministre de la Justice, Me Josué Pierre-Louis, aujourd’hui président du Conseil électoral permanent (CEP), a également tenté de le trainer dans l’illégalité. « Josué Pierre-Louis m’a appelé vendredi matin pour me demander d’arrêter Mes Newton Saint-Juste et André Michel pour outrage à la magistrature et d’acheminer ensuite leur dossier au cabinet d’instruction, en me disant que je serais récompensé par le chef de l’Etat et la première dame », a déclaré Me Sénatus.

L’actuel président du CEP est traité de « prostitué politique » au cours des interviews accordées par Jean Renel Sénatus à divers médias de la capitale. Me Pierre-Louis, poursuit-il, œuvre  pour la déstabilisation du pouvoir de Michel Joseph Martelly. « Le ministre de la Justice et Josué Pierre-Louis ne font que nommer des racketteurs dans le système. Je profite pour dire au ministre que je ne suis pas un narcotrafiquant, encore moins un « zokiki », et je ne fréquente pas des boîtes de nuit où il y a des enfants (…) », a martelé encore Me Sénatus dans son grand déballage. Il envisage de traduire le ministre  de la Justice en justice pour diffamation.

Un des trois représentants de l’exécutif au Conseil électoral permanent incomplet et controversé, Me Josué Pierre-Louis, n’a pas encore réagi  aux graves accusations de l’ancien commissaire de Port-au-Prince.

Valéry Daudier et Claude Gilles
Credit: Le Nouvelliste

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