Un dépôt d’aide abandonné aux parlementaires et officiels à la Sonapi

files-55Députés, sénateurs et officiels du gouvernement contrôlent, à eux seuls, un dépôt d’aide situé à la Société nationale des parcs industriels. Le dépôt, hors de tout contrôle, est livré à ces derniers qui amassent l’aide destinée aux victimes de la catastrophe Matthew. La protection civile et le ministère de l’Intérieur ne sont pas en mesure de faire la lumière sur le fonctionnement du dépôt pour savoir si les dons stockés dans cet endroit arrivent vraiment aux nécessiteux.

Le député Clovis Obas, accompagné de plusieurs hommes lourdement armés, s’impatiente devant l’un des dépôts de la SONAPI. Le député et ses hommes menacent d’ouvrir le feu dans toutes les directions si on ne donne pas une partie de ce qui reste dans le dépôt. Avant le député de la circonscription Cayes-Ile-à-Vache, plusieurs de ses collègues de la Chambre basse et sénateurs ont amassé tout ce qu’ils pouvaient dans cet entrepôt hors de tout contrôle, planté dans un coin, dans l’arrière-cour de la SONAPI.

« Je sais qu’il y a un dépôt qui se trouve à la SONAPI. Il est abandonné aux parlementaires et nous ne sommes pas en mesure de dire si ce qui sort de celui-ci arrive réellement dans les zones concernées par la catastrophe, déplore en off un haut responsable de la protection civile au Nouvelliste. Cela soulève beaucoup de frustrations en nous, car, parallèlement à ce que nous faisons pour supporter les victimes, nous savons qu’une partie de l’aide est détournée par des élus », poursuit ce responsable qui n’a pas pu cacher sa colère.

« À l’intérieur de l’une des salles, il reste quelque matelas, des paquets de bouteilles d’eau et de jus», a constaté une équipe du Nouvelliste. Les lieux sont placés sous haute sécurité. Dans une autre pièce, des kits alimentaires estampillés don du gouvernement haïtien attendent d’être distribués. À deux pas de là, des planches et des tôles sont abandonnées dans la cour. Les 4×4 des parlementaires et officiels défilent à longueur de journée. Sur place, personne de la protection civile, du ministère de l’Intérieur ou de la coordination de l’aide n’est présent.

«Je ne crois pas que les objets qui sortent d’ici aient été réellement cheminé aux nécessiteux, témoigne un homme chargé de la sécurité des lieux. Il n’y a que des parlementaires et potentats du gouvernement qui recueillent ce qu’il y a ici. Ils sont venus avec des camions et sont partis avec tout ce qui était possible, raconte l’homme qui a voulu garder l’anonymat. « Tout moun jwenn, nous avons donné à tous ceux qui se sont présentés ici », lâche Evens, qui s’identifie comme l’un des responsables du dépôt. Visiblement très préoccupé, il appelle ensuite la sécurité et fait évacuer rapidement les journalistes.

Cet entrepôt, capable de recevoir la plus grande partie de l’aide à Port-au-Prince, fonctionne hors de tout contrôle. Personne au sein de la protection civile et du ministère de l’Intérieur n’est en mesure de fournir des informations sur la gestion de l’aide passant par la SONAPI. « Je ne sais pas, a répondu Edgard Célestin à propos de la gestion du dépôt de la SONAPI. Nous n’avons pas pu remonter aux informations concernant la SONAPI », a poursuivi le chargé de communication de la DPC. Même son de cloche du côté du ministère de l’Intérieur. Albert Moléon, responsable de la communication du ministère, confirme avoir reçu un rapport sur le dépôt situé au Centre d’opération d’urgence nationale, mais il ne sait rien sur le fonctionnement de celui de la SONAPI.

Entre-temps, des voix s’élèvent dans les communautés les plus touchées  pour dénoncer l’utilisation de l’aide destinée aux victimes à des fins politiques. Pas plus tard que ce mardi matin, le maire de la commune de Pestel dénonçait sur la Radio Magik 9 le fait que des candidats en campagne ont accès à l’aide alors que des communes peinent encore à répondre aux nombreux besoins engendrés par la catastrophe Matthew.

L’aide, avant d’être acheminée dans les régions, est reçue dans deux dépôts de la capitale. Le premier, le plus connu, placé au Centre d’opération d’urgence, est contrôlé actuellement par un représentant du ministère de l’Intérieur, chargé de la coordination de l’aide. C’est d’ailleurs le ministère de l’Intérieur qui décide et ordonne la livraison des vivres, des couvertures ou de kits d’hygiène. La direction de la protection civile reçoit quotidiennement un rapport des entrées et des distributions. Ce qui n’est pas le cas pour le second, placé il y a deux semaines à la SONAPI, où personne n’est en mesure de faire la lumière sur son fonctionnement.

Louis Joseph Olivier source lenouvelliste

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