Voyager en bateau, toujours risqué

Mardi 10 juillet. 9h 25 a.m., au port d’embarquement de Carriès qui dessert l’île de La Gonâve, des marins débarquent un bateau à voile qui vient d’accoster au port. Il y avait une soixantaine de voyageurs à bord. Certains sortent épuisés de la barque après avoir tout vomi durant la traversée.  A quelques mètres est accosté un bateau dénommé « Vierge Caridade » qui doit partir pour Anse-à-Galets dans quelques heures.

« Achetez votre billet d’embarcation et inscrivez votre nom sur la liste, puis réclamez votre gilet de sauvetage », lance Jean Murat Gilot,  l’un des responsables du bateau.

Depuis le naufrage samedi d’un yacht assurant la liaison entre Anse-à-Galets et Carriès, qui a fait un mort et au moins trois disparus, les responsables, notamment ceux du Service maritime et de navigation d’Haïti (Semanah), accordent beaucoup plus d’attention au port de gilet. Reste cependant à savoir si cette mesure n’est pas éphémère.

« Avant le naufrage, il n’y avait pas eu cette attention au port de gilet. Nous voyageons très souvent sans porter de gilet de sauvetage. Parfois, on ne s’en souvient même pas », indique Aliette, qui s’apprête à retirer son billet de bord.

Quoique cette fille d’une vingtaine d’années, native de l’île de La Gonâve, voyage souvent en bateau, elle n’apprécie pas pour autant la sensation des vagues. « Je ne me sens pas en paix en montant à bord, car une de mes cousines est portée disparue samedi lors du naufrage », confie Aliette, faisant le va-et-vient sur le port.

Les heures passent, le navire prend du temps pour se remplir. Une femme arrive avec deux sacs à la main. Elle achète à 250 gourdes son ticket d’un jeune homme assis devant un tabouret sur le quai. Avant de monter à bord, elle inscrit, comme exigé, son nom sur une liste de voyageurs établie par le Semanah. Finie cette étape, elle prend place en attendant l’embarquement. Visiblement contrariée, la fille tire une Bible de l’un de ses sacs. Elle lit le psaume 23. L’angoisse est palpable.

« Seul Dieu peut nous sauver ici en cas d’une catastrophe. Dans les moments difficiles, on doit prier le Seigneur », dit-elle.

« On a toujours besoin de la présence de Dieu, pas seulement dans les moments difficiles », rétorque une femme, assise juste à côté d’elle.

11 h 23. Dans moins d’une heure, le bateau doit lever l’ancre, mais les responsables n’auront pas eu le temps de trouver tous les 250 voyageurs souhaités. Un homme arrive. Il apporte avec lui son propre gilet de sauvetage. « Se mèt kò ki veye kò », lance le natif de Port-au-Prince, qui travaille depuis quelques mois pour une ONG à Anse-à-Galets.

« Que tout le monde porte son gilet de sauvetage. Si quelqu’un n’en trouve pas, qu’il descende du bateau », fulmine un agent du Semanah, sans se donner la peine de vérifier si tout un chacun en a.

En fait, si des passagers confient avoir souvent voyagé sans porter de gilet de sauvetage, des responsables de bateau, sans démentir, indiquent qu’ils n’ont jamais voyagé sans ces équipements. Exception peut-être faite pour le yacht dénommé « Patience » qui a fait naufrage.

« Le Semanah nous exige de disposer de gilets de sauvetage, nous en avons en grande quantité », assure Jeannel Paul, copropriétaire d’un canot dénommé « One love ». « Parfois, ce sont les voyageurs qui ne les portent pas », souligne le responsable de ce canot d’une vingtaine de mètres.

Alors que cette barque ne devrait pas transporter plus d’une cinquantaine de personnes, Jeannel confie qu’elle transporte parfois jusqu’à 150 voyageurs, sans compter des tonnes de marchandises. Pour se rendre à Anse-à-Galets dans ce canot à moteur, les voyageurs paient beaucoup moins, soit 125 gourdes, mais ne sont pas du tout confortables.

Par ailleurs, en ce qui a trait au manque de surveillance du système de cabotage, les marins renvoient la balle dans le camp du Semanah.  « Si les voyageurs avaient porté des gilets de sauvetage samedi, il n’y aurait pas eu de victimes, parce que le naufrage a eu lieu tout près du port d’embarquement, à cinq minutes. Nous prenons nos responsabilités en disposant de gilets de sauvetage. C’est à l’Etat de prendre les siennes », a déclaré Jean Murat Gilot.

De son côté,  le Semanah, qui doit prendre ses responsabilités, évoque le « manque de moyens » pour régulariser le fonctionnement de tous les wharfs de cabotage que compte le pays. En dépit de tout, le directeur de l’institution assure que des efforts sont entrepris en ce sens. M. Normil envisage l’élaboration d’un code maritime en vue de réguler les activités de cabotage.

 A certains endroits, les principes  sont loin d’être respectés, car le Semanah dispose de représentants sur seulement 60% des points d’embarcation.

Valéry DAUDIER vdaudier@lenouvelliste.com
Credit: Le Nouvelliste

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2 Comments

  1. non seulman tout pasaje ta dwe guin jilet, et yo ta dwe cheke konbien moune bato-a ta dwe pote, et sa se responsabilite leta-a et moune ki responsab bato yo, et si yo ta jwen yon bato ki guin plus moune ke li ta dwe guin yin, capite-n bato sa ta dwe peye yon amand, mwen kwe se yon-n nan meye fason leta ka rantre lajan tou, fe neg yo peye amand, et toutan yo pa peye non seulman interet ap monte, et yo pap ka voyaje.

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